Cloches Haut-Saônoises

"Les mélodies de nos clochers haut-saônois…"

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Gray-la-Ville

Église Saint-Maurice

« Un duo exceptionnel au large des rives de la Saône… »

Le village :

𝕴l y a 2 semaines, nous sommes partis à l’Ouest de la Haute-Saône afin de réaliser un reportage sur les cloches de Gray-la-Ville. Ce petit village, portant son nom du fait de sa juxtaposition à la ville de Gray (surnommée « Gray la jolie », en raison de ses anciens bâtiments au style architectural remarquable), abrite environ 930 âmes nommées les gray-la-villois (nomination ressemblant à celle des habitants de Gray : les graylois) qui vivent à proximité des rives de la rivière donnant son nom au département : la Saône. C’est tout simplement un de nos petits villages haut-saônois au cadre charmant où il fait bon vivre !


L’église :

𝕷’église du village, portant le vocable de Saint-Maurice, a été reconstruite au XVIIIème siècle sur l’emplacement d’une ancienne église datant de l’époque de Charlemagne. On peut lire sur le porche du clocher et au-dessus de la porte d’entrée, la date de 1726 qui est gravée dans la pierre servant de clé de voûte à l’arc en plein cintre. Il y a 6 ans, ce dernier clocher a vécu une passade plus que tourmentée : en effet, le 16 juin 2019, une tornade aussi violente qu’inattendue arracha la flèche du clocher comtois qui, lors de sa chute, dégrada une partie du toit de la nef avant de s’écraser entre l’église et le monument aux morts érigé en contre-bas pour les enfants ayant péris lors de la Première Guerre mondiale. Le lendemain, le constat fut sans appel : la charpente du clocher comtois fut très endommagée et sa flèche (croix et coq compris) complètement détruite. Après constatations diverses et devis multiples, les travaux s’élevèrent à 150 000 € : une somme astronomique pour une si petite commune ! Par chance, le projet de réfection de la flèche fut retenu par la Fondation du patrimoine et les travaux furent financés grâce au soutien de l’État (à hauteur de 40%), du département (20%) et, pour le reste, par la souscription publique. Deux ans après, le 3 novembre 2021, après la réfection du bulbe comtois, la nouvelle flèche, montée à une vingtaine de mètres de hauteur, regagna son clocher, tout comme le coq et la croix qui furent bénis, dans la foulée, par Mr. Pierre BERGIER, curé et prêtre de la paroisse de Gray. La commune ayant énormément participé à la restauration de son patrimoine, la somme fut dépassée de 30 000 € ! Cette dernière plus petite somme fut nécessaire aux derniers travaux de restauration concernant toujours le clocher, aussi bien au niveau extérieur qu’intérieur : remise en service de la cloche historique classée Monument Historique, mise en sécurité de l’accès et réfection du crépi des 4 murs du clocher. Désormais, l’église de Gray-la-Ville rayonne avec son beau clocher aux murs blancs qui contrastent parfaitement avec son dôme dit, aussi, « à l’impériale » à fond uni brun et au motif de losanges jaunes. Pour finir sur la description globale de l’église, son bel intérieur sobre mais très agréable contient l’un des, si ce n’est le plus beau retable de la Haute Saône. Séparé en 3 parties bien distinctes et entièrement doré, ce dernier, d’après les documents relatant son histoire, fut commandé par Mr. Jean-François JOBLELOT, en 1675, à Mr. Jean LIGIER, sculpteur de renom de cette époque, afin d’être placée dans le chœur de la Basilique Notre-Dame de Gray. Négligemment placé à l’abandon dans l’ancienne chapelle des jésuites, ce dernier a été finalement restauré et remonté, en 1973, dans l’actuelle église.


L’accès :

𝕷’accès aux cloches peut, à première vue, sembler périlleux mais de simples précautions sont à prendre, pour l’effectuer en toute sécurité. Tout d’abord, une échelle fixe nous acheminant au premier niveau est à notre portée, sous le parvis. Par la suite, 3 escaliers entièrement et/ou partiellement remis en état au niveau de leurs marches (en bois très vermoulu avant travaux) sont à emprunter, avant d’atteindre l’étape la plus délicate : l’ascension d’une échelle quelque peu scabreuse d’environ 5 mètres nous permettant d’atteindre le plancher placé sous le beffroi des cloches. Une fois cette fameuse étape franchise en plus de l’escalade nécessaire du beffroi, les cloches sont à notre portée !


Les cloches :

𝕷es cloches de l’église, au nombre de 2, ont été, il y a quelques années, entièrement remises en valeur, par la restauration de leurs jougs de bois et par le remplacement de leurs ferrures, pignons et battants respectifs. Les ferrures de la grosse cloche adoptent une forme plate, contrairement à celles de la petite cloche qui sont de forme cylindrique : ce choix est tout à fait judicieux car il permet d’accentuer le caractère historique de cette dernière (nous y reviendrons, juste après). Les cloches sont soutenues par un beffroi en bois assemblé de plusieurs poutres en chêne. Il est à constater que ce dernier a été légèrement modifié : en effet, la poutre soutenant le pignon de la grosse cloche face Ouest / côté façade a été remplacée car son bois a dû, sans doute, prendre l’humidité des intempéries, l’abat-son de la façade étant juxtaposé à cette dernière. Les poutres supportant les pignons de la petite cloche ont simplement été découpées, afin d’accueillir une greffe de poutrelles de bois sur lesquelles ces derniers sont fixés. De plus, les poutres principales se situant juste en dessous et dans la verticalité des roulements à billes semblent, d’après Loïck, avoir subi un procédé de carbonisation afin de gagner en solidité. s La présence de récents tirants de fer renforce également la maçonnerie, Passons, désormais, à la description de chacune des cloches. Tout d’abord, je vous propose de commencer par celle de la petite cloche et de terminer ensuite en beauté par celle de la grosse cloche qui, en particulier, m’a fait me déplacer spécialement pour l’occasion. La petite cloche est aussi la plus récente de la sonnerie puisque cette dernière date de 1885. Cette année, elle souffle donc, tout de même, ses 140 bougies ! Cette cloche a été fondue probablement dans le but de remplacer une cloche antérieure supposément fêlée et/ou de préserver sa grande sœur historique qui est donc, par grande chance, rescapée de la Révolution Française. Son fondeur était le talentueux fondeur vosgien et roberticurtien ou, plus simplement, de Robécourt : Ferdinand FARNIER, frère d’Arthur FARNIER. C’est avec lui qu’il s’associera plus tard, plus précisément en 1877, d’où la signature « FARNIER FRERES FONDEURS A ROBECOURT ET VRECOURT VOSGES » présente sur certaines de leurs nombreuses autres cloches. Possédant de nombreux et beaux décors finement réalisés, elle ne possède, étonnement, qu’une seule phrase répartie sur son unique ligne d’inscriptions. Durant la lecture de cette dernière, nous apprenons qu’elle se nomme « Aristide », du fait du prénom de sa marraine, une certaine Madame veuve BOUSIGON. Elle a toujours eu, pour rôle quotidien, de s’exprimer de sa pleine voix, lors des divers angélus journaliers rythmant la vie des habitants du village. Depuis la restauration de la grosse cloche, c’est elle qui endosse le rôle de teinter les heures et les demi-heures, encore et toujours dans cette démarche de préservation de sa « colocataire de beffroi ». D’ailleurs, cette dernière chante un magnifique Sol♭ de la 3ème octave puissamment amplifié par son profil renforcé : en effet, une cloche de cette note pèse aux alentours des 700 kg pour un diamètre d’environ 1,05 m. Ici, le poids d’« Aristide » est bien plus important et son diamètre est plus élevé de 5 cm puisqu’elle pèse, d’après les archives de la fonderie Jeanne-d’Arc de Robécourt, 800 kg tout pile, pour un diamètre de 1,102 m. Passons, sans plus tarder, à la cloche la plus intéressante des deux formants ce duo : la grosse cloche. Comme indiqué précédemment, cette cloche a survécu aux tourmentes de la Révolution française. De ce fait, elle est donc antérieure à 1789 et de loin puisqu’elle est datée de l’an 1595 ! Il y a encore quelques années, la cloche était dans un état plus qu’alarmant : son battant d’époque, forgé dans de l’acier dur, l’a considérablement creusé au niveau de ses points de frappes jusqu’à la lézarder d’une fêlure se propageant sur 10 cm de hauteur. Cela n’était pas la seule raison de son extinction de voix : sa bélière, soutenant son battant, s’était brisée car trop oxydée et menaçait de faire éclater son noyau central où se trouvent à proximité ses anses la reliant, par le jeu de ses ferrures, à son joug de bois. Il fut constaté que les 2 principales anses étaient très creusées en leur intérieur du fait des multiples mouvements répétitifs des anciennes ferrures : à long terme, cela aurait pu entraîner une brisure nette et une potentielle chute de ces parties de la cloche. Classée au titre des Monuments Historiques le 7 juin 2001, elle fut descendue de la chambre des cloches afin de se faire une cure de jouvence dans les ateliers de la fonderie BOLLÉE-VOEGELÉ de Strasbourg. Le 4 septembre 2022 eut lieu son baptême : Mr. Pierre BERGIER, curé et prêtre de la paroisse de Gray, la baptisa devant le porche de l’église où de nombreux habitants du village assistèrent à cet évènement auquel on n’assiste qu’une seule fois dans sa vie. Tout comme le jour du reportage, mon collègue et, avant tout, ami de passion commune du nom de Loïck OUDINOT, fondeur à la fonderie OBERTINO de Morteau, était présent. C’est à cette même occasion que nous avons pu relever toutes les inscriptions et tous les décors la parant. Cette dernière, magnifiquement ornée, possède plusieurs motifs (humanoïdes : mascarons et petits anges ailés ; végétaux : feuilles, fleurs et crucifix en lierre ; animaliers : oiseaux et agneau) à l’état de conservation remarquable. Concernant ces inscriptions, sa première ligne mentionne sa date et possède la phrase en latin suivante : « VOX MEA CUNTORUM TERROR SIT DEMONORUM » qui signifie, en français, « Que ma voix effraie les démons. » Sur les deux lignes suivantes, on apprend, malgré les quelques fautes de français typiques de l’époque, que cette cloche a eu, pour parrain, Claude DE VERGY, gouverneur et, pour marraine, Jehannette, fille de Henri GOUTOTTE. Sur sa quatrième et dernière ligne originalement placée en bas de sa robe, c’est à dire au niveau de sa pince, est mentionné le curé de l’époque, un certain M. (Monsieur ?) C. PAIGE. Plus loin, les 4 fondeurs s’étant alliées pour la réaliser sont mentionnés. Ce sont les suivants : A. ROY, C et E. PETIT & I. (ou J., du fait de la calligraphie de l’époque ayant transformé certaines lettres comme les I en J ou bien encore comme les U en V) FROUTEY. Ce dernier nom de famille ne vous dit-il pas quelque chose ? En effet, sur l’autre rive de la Saône, plus précisément à Arc-lès-Gray, est située l’entreprise haut-saônoise de campaniste (personne s’occupant de l’entretien et de la maintenance annuels) des cloches) portant, comme statut juridique et comme nom : SARL Jean-Marie.. FROTEY ! Et oui : au fur et à mesure, du temps le U de ce même nom de famille a disparu ! Le chantier de restauration quasi-totale de la grosse cloche fut particulièrement émouvant, pour le gérant de l’entreprise, Matthieu FROTEY. Ce dernier, en lisant, par simple intérêt et attrait, les inscriptions de la grosse cloche mentionnant que l’un des fondeurs portait son nom de famille, s’est rendu compte qu’elle fut fondue.. par un de ses aïeux : de quoi renforcer la richesse de notre patrimoine campanaire / de cloches haut-saônois restant encore trop méconnu ! Cette cloche exceptionnelle possède un diamètre qui frôle les 1,15 m de diamètre (à 2 millimètres près), pèse, d’après sa pesée post-travaux en fonderie, 810 kg et nous chante un Mi♭ également de la troisième octave. Pour les fins connaisseurs en la matière, vous l’aurez compris : cette cloche a donc été fondue en profil extrêmement léger appelé, aussi, « profil papier ». En effet, une cloche émettant cette note mesure, généralement, dans les 1,275 m de diamètre pour un poids d’environ 1.250 t. Elle pèse donc, à peu de choses prêt, le même poids que sa plus petite sœur qui elle, à contrario, a été fondue en profil renforcé ! D’ailleurs, l’épaisseur de la grosse cloche, étant de 7 cm, est plus petite de celle de la petite cloche de tout de même 5 millimètres ! Pour l’avoir écouté in situ, je trouve que son profil léger fait tout son charme et lui donne des harmoniques très particulières, notamment son octave supérieure soit en Mi♭ de la quatrième octave qui est très puissante. Le son médiéval de cette dernière s’en ressent bien, du fait de son profil / sa forme et, possiblement, de son alliage d’airain.


Cloche n°1 / « Grosse cloche »

« Claude-Jehannette » (? : nom du parrain (féminisé) et nom de la marraine) | ⌀ 1,148 m | 7 cm (épaisseur mesurée) | ≈ 780 kg (estimé) (poids après pesée post travaux : ≈ 810 kg) | ROY (A.), PETIT (C. et E.) & FROUTEY (I.) | Gray-la-Ville (place du village ou place de l’église) (?) | 1595 | Mi♭3

Inscriptions… :

– … sur le pourtour du haut de la robe (commençant côté droit, en partant de la façade) :

1 / 1 _ (_ : espace entre inscriptions) 5 _ 9 _ Z (Z inversé) VOX🙂MEA🍁CVNTORVM🙂TERROR🌸SIT🍁DEMONORUM🌸 (inscriptions en latin traduites en français : « Que ma voix effraie les démons.« )

2 / CLAUDE🌸DE🍁VERGY🙃GOVVERNEVR🌸IEHANNETTE🙂FILLE🍁HENRY🌸GOVTOTTE🍁MES🙂PARAINS🍁ET MA🌿

3 / RAINNE

– … sur le pourtour de la pince (commençant côté gauche) :

ET🌸SVIS🌸ESTEZ🌸BAPTIZE🙂PAR🍁M (: Monsieur ?) 🍁C🙂PAIGE🙂159Z _ A*ROY🙂C*PETIT🙂E*PETIT*I (ou J ?) *FROVTEY*

* : décors illisibles semblant représenter des oiseaux (pour ceux précédent le dernier) et un agneau (pour le dernier)


Cloche n°2 / « Petite cloche »

« Aristide » | ⌀ 1,102 m | 7,5 cm (épaisseur mesurée) | ≈ 800 kg (estimé) (poids estimé : ≈ 770 kg) | FARNIER (Ferdinand) | Robécourt (Vosges) | 1885 | Sol♭3

Inscriptions… :

– … sur le pourtour du haut de la robe (commençant côté droit) :

± JE M’APPELLE ARISTIDE, J’AI ETE DONNEE PAR MME VEUVE BOUSIGON 1885

– … sur le pourtour du bas de la robe (côté droit) :

FARNIER FRERES FONDEURS A ROBECOURT (VOSGES)


Mon ressenti :

𝕳onnêtement, j’apprécie fortement ce duo, de par la différence de profils des cloches et de par leur différence d’âge de presque 3 siècles. Bien que la petite n’ait plus son battant d’origine qui lui donnait, sans doute, par le jeu de sa bélière, ce petit « cliquetis » si singulier des cloches FARNIER, son nouveau battant renforce sa sonorité moelleuse. La grande, elle, au son plus expressif, fait ressentir son grand âge, de par le biais de ses harmoniques d’antan si particulières. Très sincèrement, je pense que ce duo est, sans doute, l’un des plus si ce n’est le plus intéressant du département !


La vidéo :


Mes remerciements :

𝕮e reportage n’aurait pu voir le jour sans les autorisations exceptionnelles des municipalité de Gray-la-Ville et de Velet, petit village à proximité. Je remercie leurs représentants qui m’ont autorisé à effectuer une sonnerie dite « exceptionnelle » à la clé soit hors des offices religieux. J’adresse, notamment, mes remerciements les plus vifs et les plus sincères à Mr. Yvan GUIGNOT, pour son intérêt envers ma passion, pour nous avoir accueilli chaleureusement et pour nous avoir ouvert toutes les portes de l’église. De plus, je tiens à remercier Jeff VERGNE, créateur du site « Musée de Robécourt », pour avoir mentionné, sur ce dernier, les informations de la petite cloche, notamment son diamètre et son poids, ayant été nécessaires à la rédaction de la barre d’informations de la vidéo et de l’article. Pour finir, je tiens à remercier, comme il se doit, mon collègue et, avant tout, ami de passion, Loïck, pour sa venue, son accompagnement tout au long de cette belle journée campanaire et pour son grand aide apporté au reportage comme le port de mon matériel et l’aide aux relevés des inscriptions et des décors des cloches.


𝕬rticle soutenu par les communes de Gray-la-Ville et de Velet

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